Vous avez un devis sur la table, et une question que l’installateur évacue en une phrase : « Et si je produis trop, je revends à l’ONEE ? ». La réponse honnête, en octobre 2026, est non, pas pour une maison. La loi 82-21 encadre ce que vous pouvez faire avec vos panneaux, et elle change la façon de dimensionner une installation.
Nous ne sommes pas installateurs. Ce site met en relation des particuliers et des entreprises avec des installateurs solaires marocains indépendants, qui établissent eux-mêmes leur devis.
Ce que dit la loi 82-21, article par article
La loi n° 82-21 relative à l’autoproduction d’énergie électrique a été promulguée par le dahir n° 1-23-21 du 10 février 2023. Sa version française est publiée au Bulletin officiel n° 7400. L’Autorité nationale de régulation de l’électricité (ANRE) met le texte à disposition sur son site.
Pour un particulier, quelques articles comptent vraiment :
- Article 4. Une installation raccordée au réseau basse tension, sous un seuil de puissance fixé par décret, est déclarée au gestionnaire du réseau de distribution concerné avant le début des travaux.
- Article 5. Au-dessus de ce seuil et jusqu’à 5 MW, il faut un accord de raccordement avant les travaux.
- Article 10. Le gestionnaire du réseau ne peut pas cesser de vous alimenter parce que vous avez une installation d’autoproduction.
- Article 11. Plusieurs installations sur un même site s’additionnent pour calculer la puissance.
- Article 12. L’autoproducteur peut céder au gestionnaire du réseau un surplus qui ne dépasse pas 20 % de sa production annuelle, à un tarif fixé par l’ANRE.
- Article 13. Les autoproducteurs raccordés au réseau paient une contribution pour les services système et de distribution, fixée par l’ANRE.
- Article 28. Construire, exploiter ou augmenter la puissance d’une installation sans la déclaration requise est puni d’une amende de 2 000 à 5 000 DH.
La loi prévoit aussi que le gestionnaire du réseau de transport peut écrêter la puissance autoproduite, dans une limite réglementaire, sans indemnisation. Le réseau n’est donc pas tenu d’absorber tout ce que vos panneaux produisent.
Décret d’application : le seuil de 11 kW depuis juin 2026
Le texte de 2023 renvoyait le seuil de déclaration à un décret. Selon le décret d’application, tel que rapporté par le cabinet Bird & Bird, une installation de moins de 11 kW raccordée en basse tension relève de la simple déclaration, avec un récépissé délivré dans un délai d’un mois. Ce régime s’applique depuis juin 2026.
Nous n’avons pas lu le texte du décret lui-même, seulement les comptes rendus de cabinets juridiques et de la presse. Avant de signer, demandez à l’installateur ce qui s’applique à votre projet : lui ou votre distributeur vous confirmera la marche à suivre.
Le tableau ci-dessous résume les deux régimes.
| Situation | Régime prévu | Quand | Source |
|---|---|---|---|
| Basse tension, moins de 11 kW | Déclaration au distributeur, récépissé sous un mois | Avant les travaux | Loi 82-21 art. 4 ; seuil selon le décret, tel que rapporté par Bird & Bird |
| Du seuil jusqu’à 5 MW | Accord de raccordement | Avant les travaux | Loi 82-21 art. 5 |
| Plusieurs installations sur un même site | Puissances additionnées | Pour calculer la puissance | Loi 82-21 art. 11 |
| Installation sans déclaration requise | Amende de 2 000 à 5 000 DH | Pour une installation faite sans la déclaration requise | Loi 82-21 art. 28 |
| Surplus injecté | 20 % maximum de la production annuelle | Sur l’année | Loi 82-21 art. 12 |
Les petites installations de villas et de commerces semblent donc relever de la déclaration. Mais la déclaration n’est pas une formalité à oublier : l’amende vise justement l’installation faite sans elle. Un bon devis indique noir sur blanc si l’installateur s’en charge.
Vous comparez déjà des propositions ? Décrivez votre projet dans le formulaire et des installateurs indépendants vous recontacteront pour établir un devis écrit, avec les modèles exacts de panneaux, d’onduleur et de batterie.
Revendre le surplus : ce que la loi 82-21 permet vraiment à une maison
C’est le point le plus mal expliqué sur internet. La loi autorise la cession d’un surplus, plafonnée à 20 % de la production annuelle. Mais il faut un tarif pour que ce surplus soit payé.
Le 19 février 2026, l’ANRE a fixé ce tarif pour la période du 1er mars 2026 au 28 février 2027 : 21 centimes le kWh en heures de pointe et 18 centimes en heures creuses. Ce tarif vaut uniquement pour les réseaux haute, très haute et moyenne tension. Pour la basse tension, l’ANRE indique qu’il sera fixé une fois le cadre réglementaire et technique approprié mis en place.
Une maison raccordée en basse tension n’a donc aucun prix de rachat publié aujourd’hui. Si quelqu’un vous parle de compteur qui tourne à l’envers, de « revendre à l’ONEE » ou d’un prix de rachat garanti pour votre villa, demandez-lui le texte qui le dit.
Ce que cela implique pour le dimensionnement :
- L’installation est pensée pour consommer sur place ce qu’elle produit.
- Ce que vous injectez est plafonné et, pour l’instant, non rémunéré en basse tension.
- D’où l’intérêt de décaler la consommation en journée (climatisation, pompe de piscine, chauffe-eau électrique, lave-linge) et, quand le budget le permet, d’une batterie.
Pour aller plus loin sur ce point, voyez notre guide sur l’onduleur hybride, réseau ou autonome et la page batterie et onduleur solaire.
Trois cas concrets sous la loi 82-21
Les trois situations ci-dessous sont des exemples anonymisés, construits pour illustrer le raisonnement. Les rendements viennent de PVGIS (version 5.3, base SARAH3 2005-2023, 1 kWc, 14 % de pertes, inclinaison optimale plein sud), avant salissure par la poussière. Ce sont des modélisations, pas des mesures sur un toit réel.
Exemple 1 : une villa à Bouskoura avec deux climatiseurs qui tournent tout l’été
Une famille vise 4 kWc sur le toit-terrasse. À Casablanca, PVGIS donne 4,72 kWh par kWc et par jour en moyenne annuelle. Le calcul : 4 x 4,72 = environ 18,9 kWh par jour en moyenne, et environ 15,7 kWh un jour de décembre (4 x 3,93). En juillet, le meilleur mois, on monte à 5,29 kWh par kWc et par jour, au moment où les climatiseurs tournent.
Sur une année, 4 kWc x 1 721 kWh = environ 6 884 kWh produits. Le plafond légal de surplus serait donc d’environ 1 377 kWh (20 %), sans prix de rachat en basse tension aujourd’hui. Avec moins de 11 kW, le projet relève de la déclaration.
Côté budget, aucun installateur ne publie de prix pour exactement 4 kWc. Taqinor, un installateur, affiche 28 000 à 42 000 DH TTC pour 3 kWc et 45 000 à 65 000 DH TTC pour 5 kWc (fourchettes lues en octobre 2026). Le devis écrit reste le seul vrai chiffre.
Exemple 2 : un appartement au dernier étage à Agdal avec un toit-terrasse partagé
Ici, la loi n’est pas le premier obstacle. Le toit est partagé : la place disponible et l’ombre des voisins comptent d’abord, et un installateur vous dira ce qui est réalisable.
Pour un petit système de 3 kWc à Rabat, PVGIS donne 1 706 kWh par kWc et par an, soit environ 5 118 kWh par an (3 x 1 706). En décembre, Rabat descend à 3,72 kWh par kWc et par jour, soit environ 11,2 kWh par jour pour 3 kWc. Le raccordement au réseau passe toujours par le distributeur : l’installateur vous confirmera la marche à suivre.
Exemple 3 : un commerce à Tanger ouvert en journée
Un commerce qui consomme surtout entre 9 h et 19 h est le profil idéal de l’autoconsommation : la production solaire tombe pendant les heures d’ouverture. Le gérant envisage 10 kWc, une hypothèse d’école. À Tanger, PVGIS donne 1 660 kWh par kWc et par an, soit environ 16 600 kWh par an (10 x 1 660).
Attention au seuil. À 10 kWc, on est proche des 11 kW rapportés pour le régime de déclaration, et l’article 11 additionne toutes les installations du site. Si le commerce ajoute plus tard des panneaux, il peut changer de régime. Faites confirmer par écrit dans le devis quel régime s’applique.
Pour 10 kWc, Taqinor publie 85 000 à 120 000 DH TTC (octobre 2026), et le site de comparaison de crédits Wafir (mis à jour le 12 juin 2026) 100 000 à 160 000 MAD (HT ou TTC non précisé). L’écart illustre pourquoi il faut comparer des devis détaillés plutôt que des fourchettes. Notre article sur l’autoconsommation en entreprise détaille ce cas.
Prix publiés en 2026 : pourquoi les fourchettes varient autant
Pour 3 kWc posés, les fourchettes publiées par des installateurs marocains en 2026 vont d’environ 25 000 à 50 000 DH selon la source, le matériel et la mention HT ou TTC. Quelques repères relevés le 16 octobre 2026 :
- Noor Energie : 3 kWc 25 000 à 35 000 DH TTC, structure, câblage et mise en service compris.
- Smart Ecosun (Marrakech) : 3 kWc 35 000 à 45 000 DH TTC, mise en service comprise.
- FTM Services (Salé) : kit d’autoconsommation 3 kWc avec 6 panneaux de 580 Wc et un onduleur string de 3 kW, sans batterie, 28 000 à 42 000 DH HT (TVA de 20 % en plus), démarches ONEE comprises. C’est la même fourchette que celle affichée en TTC par Taqinor : il s’agit très probablement d’une seule grille reprise par plusieurs sites, pas de deux confirmations indépendantes.
- Briconet (place de marché) : kit raccordé de 3 kW à 16 000 DH, TVA non précisée par le vendeur, sans pose. Soit 16 000 DH / 2,76 kWc = environ 5 800 DH par kWc pour le matériel seul.
Un kit à 16 000 DH et une installation à 45 000 DH ne vendent pas la même chose. La différence vient de la pose, de la structure, des protections électriques, de la mise en service, de la déclaration, de la marque des panneaux et de la présence ou non d’une batterie. Une batterie lithium d’environ 5 kWh, à elle seule, va de 13 500 DH (EcoVolt, Dyness 5,12 kWh, prix promotionnel) à 38 000 DH (haut de la fourchette de lechantier.ma, octobre 2026).
Pour comparer, notre page prix des panneaux solaires au Maroc reprend les sources, et le guide devis panneaux solaires liste ce qu’un devis doit contenir. Si vous préférez en parler de vive voix, appelez le +212 5 22 00 00 00.
Choisir un installateur après la loi 82-21
La loi 82-21 n’impose pas, à notre connaissance, de licence ou de label aux installateurs. Il existe en revanche un label volontaire : TaqaPro, de l’Agence marocaine pour l’efficacité énergétique (AMEE), présenté comme le label qualité des installateurs photovoltaïques au Maroc.
TaqaPro PV couvre les installations jusqu’à 20 kW (autoconsommation et site isolé). L’entreprise doit avoir plus d’un an d’existence, au moins un salarié formé au photovoltaïque avec deux ans d’expérience, réussir la formation et le test final, et signer une charte d’éthique. TaqaPro PV+ couvre de 20 kW à 2 MW. Il existe aussi un volet pompage solaire et, pour les chauffe-eau, le label ThermoPro.
Demandez si l’entreprise est labellisée TaqaPro et vérifiez-le vous-même dans l’annuaire des installateurs TaqaPro de l’AMEE. Un label ne remplace pas un devis clair, mais il donne un point de contrôle.
Les points à exiger sur chaque devis :
- Modèles exacts des panneaux, de l’onduleur et de la batterie, avec leur puissance.
- HT ou TTC, écrit clairement.
- Ce que comprend la pose : structure, câblage, protections, mise en service.
- La déclaration au distributeur : qui la dépose, et si elle est incluse dans le prix.
- L’échéancier de paiement. Certains installateurs demandent 100 % à la commande, comme FTM Services l’indique sur son site : c’est un point à négocier.
- Les garanties, composant par composant. Par exemple, Jinko annonce 12 ans de garantie produit et 30 ans de garantie de puissance linéaire sur un de ses panneaux 580 W. Ce sont des garanties du fabricant, pas de l’installateur.
Le raccordement est un travail d’électricien, à confier à un professionnel. Notre article sur le raccordement ONEE des panneaux solaires reprend ce que dit la loi, et la page installation de panneaux solaires décrit le déroulé d’un chantier.
Nous n’avons trouvé aucune subvention nationale pour le photovoltaïque résidentiel dans une source officielle. Méfiez-vous d’un devis qui en promet une sans document à l’appui.
Prêt à comparer ? Remplissez le formulaire : des installateurs indépendants vous recontacteront et établiront leur devis ; vous contractez directement avec eux.
Questions fréquentes
Dois-je déclarer mes panneaux solaires sous la loi 82-21 ?
Oui, si l’installation est raccordée au réseau basse tension. L’article 4 prévoit une déclaration au gestionnaire du réseau de distribution avant le début des travaux. Selon le décret d’application, tel que rapporté par le cabinet Bird & Bird, ce régime vaut sous 11 kW depuis juin 2026. L’absence de déclaration expose à une amende de 2 000 à 5 000 DH (article 28).
Puis-je vendre le surplus de ma maison à l’ONEE ?
Pas aujourd’hui. La loi plafonne le surplus cédé à 20 % de la production annuelle, à un tarif fixé par l’ANRE. Ce tarif existe depuis mars 2026 pour la haute, très haute et moyenne tension, mais pas encore pour la basse tension, qui est celle de la plupart des maisons.
Le distributeur peut-il me couper l’électricité parce que j’ai des panneaux ?
Non. L’article 10 de la loi 82-21 interdit au gestionnaire du réseau de cesser d’alimenter un client au motif qu’il possède une installation d’autoproduction. En revanche, l’article 13 prévoit une contribution aux services système et de distribution, fixée par l’ANRE, pour les autoproducteurs raccordés.
L’installateur doit-il être certifié pour respecter la loi ?
Nous n’avons trouvé aucune obligation de licence ou de label dans la loi 82-21. Le label TaqaPro de l’AMEE est volontaire. Demandez si l’entreprise est labellisée et vérifiez son nom dans l’annuaire TaqaPro, puis comparez au moins deux ou trois devis écrits.